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LES CHANSONS D’AMOUR s’est élaboré à partir d’un matériel musical pré-existant : des chansons signées Alex Beaupain...
Je connais Alex depuis quʼon a vingt ans. Il a fait la musique de tous mes films, je lui ai moi-même écrit quelques paroles de chansons. Après lʼaccueil de DANS PARIS, qui me permettait de proposer vite un autre projet, je lui ai demandé si je pouvais me servir de ses chansons - certaines issues de son dernier album, dʼautres beaucoup plus vieilles - et je les ai intégrées dans un scénario qui racontait une histoire assez douloureuse qui nous était commune. Jʼai fait ensuite un travail dʼadaptation sur ses textes, et lui ai demandé dʼécrire de nouvelles chansons.
C’est la première fois que vous vous confrontez aussi frontalement au sentiment
amoureux...
Dans DANS PARIS, jʼai osé présenter des gens qui étaient dans lʼamour lʼun de lʼautre, mais il sʼagissait surtout dʼamour fraternel, je restais gêné par le sentiment amoureux. Pour moi, ce nʼétait pas rien de mettre le sentiment au coeur dʼune histoire, je nʼai jamais su faire ça. Dʼoù lʼidée de faire un film où les personnages se mettent à chanter dès quʼils sont dans un état amoureux parce quʼils sont dans lʼincapacité de lʼexprimer autrement. Jʼai toujours aimé la chanson, cette manière dʼêtre dans un sentiment intense, mais fugitif, avec un souci permanent
de légèreté. Jʼai toujours été très fan des chansons dʼamour, je peux être bouleversé par une variété française qui a priori ne mʼintéresse pas musicalement simplement parce que je suis touché par un refrain, une voix, une émotion que je trouve très justement exprimée.
Vous aviez envie de faire une comédie musicale depuis longtemps ?
Oui, mais je voulais que le choix du genre soit justifié, ne pas être dans la parodie des codes. Lʼironie est souvent très flatteuse parce quʼon a lʼimpression dʼêtre malin mais ça nʼa strictement aucun intérêt. Il nʼétait pas question pour moi de parodier le genre, juste me dire : «Ce film est une comédie musicale parce que les personnages ne peuvent HONORÉpas exprimer leurs sentiments autrement quʼen chantant.» Jʼaime lʼesprit de la comédie musicale, proche de celui de la pop : ne jamais se plaindre, ne jamais sʼappesantir, sʼoffrir la possibilité du lyrisme à partir dʼune tragédie quotidienne.
Être parti d’un matériau chanté préexistant a modifié votre façon d’écrire le scénario ?
LES CHANSONS DʼAMOUR raconte une histoire tellement personnelle que je la connaissais par coeur. La question de lʼhistoire ne sʼest pas posée en fait, seulement lʼidée de comment lʼaffronter sans être pétrifié, comment la raconter, la faire fonctionner dans une structure musicale qui rejaillisse sur lʼensemble du film. Les lieux, comme lʼappartement des parents,
reviennent comme des refrains, avec une tonalité changée selon ce qui sʼest passé dans le couplet précédent. Et comme dans les chansons où certains instruments reviennent ou disparaissent pendant que dʼautres sʼajoutent, les personnages secondaires viennent relancer la fiction et dʼautres finissent par en être évacués.
Comment s’est passé le travail musical sur le film ?
On a réarrangé les chansons dʼAlex avec Frédéric Lo, qui a notamment travaillé avec Daniel Darc - en ne perdant jamais de vue quʼon nʼavait pas un an devant nous, ni le budget pour faire venir un orchestre. Nous avons essayé de faire correspondre notre désir avec nos moyens, et je pense que cela finit par créer une esthétique, une justesse. On parle souvent de la justesse des comédiens, de la bonne distance dʼune mise en scène mais lʼesthétique générale dʼun film doit elle aussi être juste. Alex et moi ne voulions pas que les chansons sonnent «cheap». Les acteurs ont beaucoup répété avec Alex. On a fait les premières lectures
tous ensemble début novembre, puis enregistré les chansons juste avant Noël pour avoir les play-back sur le tournage, qui commençait en janvier.
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